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Réalisateur : Laurent Mchel

Acteurs : Mya Bollaers, Benoît Magimek, Els Deceukelier, Sami Outalbali, Jérémie Zagba, Delphine Bibet, Adriana Da Fonseca, Anémone Valcke

Ibis d'Or au Festival de Cinéma de La Baule : meilleur scénario, meilleur acteur (Benoît Magimel), meilleure actrice (Mya Bollaers)

2018

Appréciation personnelle : ***

Au même titre que "Girl" de Lukas Dhont en 2018, autre film sur la différence réalisé avec sobriété et émotion sans tomber dans le pathos, nous offrant un final dénué de mièvrerie mais où l'interrogation se pose de l'ouverture aux autres et de la réflexion que l'on se doit de faire, de la possibilité qu'on se donne de comprendre, ce qui peut ne pas être perçu dans l'immédiat, et d'aimer.

Un père ne parvient pas à accepter que son fils ado, s'étant toujours mal accepté dans son corps qui n'est pas le sien, cherche à s'ouvrir à sa véritable identité qui est celui d'une femme et à chercher à le devenir et donc à ne plus souffrir et trouver son équilibre.

Lola, ayant quitté le domicile familial vu la relation difficile avec son père, entretient une relation discrète avec sa mère qui l'aide moralement et financièrement dans son parcours.

La vie de Lola est cependant bouleversée par le décès de sa mère, emportée par la maladie, et elle se voit contrainte à revoir son père et à l'accompagner pour la dispersion des cendres, lesquelles se feront près de la maison que la famille possède sur la côte belge.

Un road movie douloureux, en conflit, où la sensibilité des deux personnaes se heurtent, où l'incompréhension de l'un attise l'agressivité de l'autre.

Le scénario est bien écrit, tendu et minimaliste, la photo est soignée et l'interprétation est brillante !

Benoît Magimel, à la carrière en dents de scie (mais il en est responsable), obtient là un très beau rôle qu'il investit avec puissance d'une force machiste et beauf et le spectateur garde l'espoir qu'il saura faire sortir de lui la générosité qui l'amènera à la compréhension et à l'ouverture.

Si Lukas Dhont avait choisi un acteur cisgenre, ce que certains le lui avait reproché (sans porter atteinte au talent de Victor Polster qui fut salué maintes fois), Laurent Micheli a choisi une actrice transgenre dont c'est le premier rôle, Mya Bollaers, et qui défend son rôle avec infiniment de délicatesse, de retenue mais aussi de détermination !  Très beau premier rôle !! De plus, sa beauté androgyne est magnifique, fine et délicate, on l'imagine aussi belle en fille qu'elle aurait pu l'être en garçon ! - Elle est en lice pour les Révélations aux prochains César 2020.

Dans un second rôle, la touchante, émouvante et douce Els Deceukelier en patronne de bordel revenue de tout et sans doute d'une vie pas facile et qui se voit confier le dilemme du père par rapport à son enfant : "C'est si grave d'avoir une fille !? "

Il est évident que pour des parents, se voir confrontés à une telle situation, n'est pas facile à accepter mais la douleur d'un être humain mal dans la peau dans le genre qui est son apparence mais pas sa raison profonde d'être est pire que le mal-être des géniteurs !

On ne demande pas à changer de sexe sans raisons évidentes et profondes ! Même si l'opération n'apporte pas nécessairement le bonheur, elle permet de devenir réellement soi, d'être apaisé avec son genre !

Laurent Micheli se rappelle pourquoi il a choisi Mya Bollaers : "Elle avait la capacité de livrer son histoire et ses émotions sans filtre, à être comme un petit diamant brut, prêt à être poli et façonné. Elle se livrait à l‘exercice de façon assez chaotique. Elle n’a aucune technique de jeu, et en plus dans sa vie elle est dyslexique et dysorthographique. Elle a vraiment un cerveau qui fonctionne à l’envers. Il y a du bordel, mais ce bordel est très vivant. Il y a une vérité chez elle qui m’intéressait, et c’est cette vérité que je voulais capter."(Allociné)

"  Laurent Micheli avait envie que le voyage de Lola et son père se décroche un peu du réel et que le spectateur ne sache plus trop où les choses se situent. Il explique : "En réalité, aller de Bruxelles à la mer du Nord ne prend qu’une heure et demie. C’est un peu court pour faire évoluer les personnages de cette façon. Donc il a fallu qu’on leur amène des entraves. Mais il y avait aussi l’idée qu’il peut y avoir des décrochages du réel dans un film. C’est comme si petit à petit ils revenaient dans leur passé. Ils rentrent dans leur histoire, leurs souvenirs. Ça devient de plus en plus de l’ordre de l’univers mental."  (Allociné)

 

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